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Un ami qui connaît mon intérêt pour les oiseaux me confie qu’il voyait tout le temps de gros aigles blancs lorsqu’il pêchait à la ligne dans une rivière. Mais voilà six ans qu’il a arrêté cette activité….

Circaète Jean-le-Blanc

Circaète Jean-le-Blanc – (c) Robert Balestra

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Je connais très bien l’endroit et effectivement, je vois régulièrement des circaètes dans le coin. Je sais également que ces oiseaux sont très fidèles à leur lieu de nidification, pourquoi pas ? Il ne m’en faut pas plus pour me décider de sacrifier une journée pour observer si les oiseaux sont toujours là.

Nous sommes à la mi-juillet, c’est l’époque favorable pour repérer les aires. A présent le jeune doit avoir la taille d’un adulte. Si je suis dans le secteur quand il décide de faire un peu d’exercices je devrais pouvoir le repérer assez facilement. Il me faut un peu plus d’une heure pour trouver le pin sylvestre où l’aire se trouve. Non pas grâce aux stretching du rejeton, mais parce que j’assiste à l’arrivée d’un adulte qui s’approche de l’aire en planant doucement face au vent, majestueux. Quel bel oiseau et quelles belles images j’aurais pu faire de cette arrivée !

Je chasse vite les regrets et je me concentre sur les approches, les perchoirs que les oiseaux utilisent, la physionomie du terrain pour essayer de voir où l’affût serait le plus efficace sans déranger les oiseaux. Il me faudra plusieurs séances d’observations pour confirmer toutes ces données. Maintenant que je surveille régulièrement l’aire je me rends compte qu’elle est énorme pour cette espèce et qu’en effet, elle doit servir depuis de nombreuses années. Mais je constate aussi qu’elle est parfaitement dissimulée et je dois chercher des repères pour la retrouver à chaque visite.

Pour cette année c’est bien trop tard, la construction d’un affût à proximité de l’aire causerait beaucoup trop de dérangements.

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L’année d’après au début du mois de février je décide d’aller construire les affûts avant l’arrivée des oiseaux. A cette heure, ils doivent déjà être entrain de remonter d’Afrique vers le vieux continent. La forte déclivité du terrain me permet de le faire à la même hauteur que l’aire pour prendre les scènes de nourrissages. Les observations de l’année dernière me servent pour construire un second affût beaucoup plus loin de l’aire où je pourrais photographier les oiseaux en approche et sur les reposoirs qu’ils utilisaient l’année dernière. Cet affût idéalement situé au sommet d’une petite falaise sera d’une efficacité redoutable pour le 500 mm.

Début mars, tous les jours je consulte les données ornithologiques de la région. Un soir je constate, enfin, que les premiers circaètes sont signalés en Camargue. Dix jours plus tard ils sont à moins de 100 kilomètres de chez moi. Maintenant c’est à moi de jouer. Tous les soirs je vais observer le vallon pour essayer de voir les oiseaux et surtout pour voir si l’aire en question aura encore les faveurs de la femelle. Les oiseaux sont dans le secteur, c’est déjà une bonne chose. Mais reprendront-ils la même aire cette année ? J’assiste à un accouplement assez loin du vallon, je suis pessimiste mais je ne désespère pas.

Un beau matin, je fixe ma lunette sur l’aire et j’ai l’énorme satisfaction de voir la femelle couver. C’est la bonne nouvelle suivie d’une moins bonne, il va falloir attendre que la couvaison soit finie avant de tenter quoi que se soit. C’est une période très sensible pour les oiseaux et il va sans dire que la photo passent après.

Mars et avril sont des mois exécrables, il pleut, il neige, il fait froid. Encore une fois l’hiver grignote le printemps et je pense souvent à cette femelle qui couve l’unique œuf avec une totale abnégation face aux intempéries. Je ne peux pas m’empêcher d’aller voir te temps en temps si la couvaison suit son cours. Je suis d’autant plus inquiet que la semaine dernière une aire de circaètes qu’un ami surveille à quelques kilomètres de là, vient de s’écrouler avec les bourrasques de vent. Le nid est par terre et les oiseaux ne sont plus là. Je profite de toutes ces observations pour affiner encore un peu plus mes connaissances sur les habitudes du couple.

La femelle reste à l'aire durant 3 semaines après l'éclosion. Elle protège sa progéniture des prédateurs (corvidés, autours, Grand ducs .....) et elle le protège également des intempéries et du soleil

La femelle reste à l’aire durant 3 semaines après l’éclosion. Elle protège sa progéniture des prédateurs (corvidés, autours, Grand ducs …..) et elle le protège également des intempéries et du soleil. – (c) Robert Balestra

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Début juin je remarque que la femelle qui couve bouge souvent, je pense que le rejeton est arrivé. Deux jours plus tard j’aperçois la petite boule de plumes blanches, Je constate assez vite que c’est la femelle et elle seule qui donne à manger à l’oisillon et les échanges de proies se font rarement sur place mais bien plus loin, hors de ma vue. De toute évidence, la femelle est la maîtresse de maison. Si elle protège l’oisillon des intempéries, elle le protège également des rayons du soleil en écartant ses ailes. C’est fascinant d’observer cet oiseau et de voir toute l’attention qu’elle porte à son oisillon.

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Les geais nichent dans le coin et du coup, c'est la crise du logement ! Chacun tente d'intimider l'autre.

Les geais nichent dans le coin et du coup, c’est la crise du logement ! Chacun tente d’intimider l’autre. (c) Robert Balestra

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Je peux enfin tester les affûts. Les séances s’enchaînent dès que le boulot me laisse du temps libre. Je commence à bien connaître mes sujets. Le mâle a les plumes des pattes toutes blanches alors que celles de la femelle sont barrées de marron. Mais je n’ai pas besoin de ces distinctions pour savoir qui est qui tellement les attitudes sont différentes. Le mâle fournit la nourriture et la femelle protège. Si elle est absente de l’aire et hors de ma vue, le passage d’une corneille ou d’un geai la ramène immédiatement au nid.

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Circaète Jean-le-Blanc mâle

Circaète Jean-le-Blanc mâle – (c) Robert Balestra

Circaète Jean-le-Blanc femelle

Circaète Jean-le-Blanc femelle – (c) Robert Balestra

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Pendant les deux ou trois premières semaines après l’éclosion, le mâle ne chôme pas. Il doit nourrir l’oisillon, la femelle et lui même. Je me demande où il va chercher tous ces serpents. Bernard Joubert, dans son livre, estime que la consommation de serpents pour un couple est d’environ 800 à 1000 individus pour la saison.

1 serpent...

1 serpent… – (c) Robert Balestra

2 serpents...

2 serpents… – (c) Robert Balestra

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1 lézard...

1 lézard… (c) Robert Balestra

2 lézards avec œufs en prime

2 lézards avec œufs en prime – (c) Robert Balestra

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Échange de proie entre les adultes pour le nourrissage.

Échange de proie entre les adultes pour le nourrissage. – (c) Robert Balestra

La famille au complet, c'est rare !

La famille au complet, c’est rare ! – (c) Robert Balestra

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L'adulte régurgite la proie qui est avalée dans le sens des écailles. Une fois le serpent sorti le petit commence à le gober comme papa et maman. Pour cette belle vipère, il va mettre plus d'une demi heure à faire disparaître la queue de son bec !

L’adulte régurgite la proie qui est avalée dans le sens des écailles. Une fois le serpent sorti le petit commence à le gober comme papa et maman. Pour cette belle vipère, il va mettre plus d’une demi heure à faire disparaître la queue de son bec ! – (c) Robert Balestra

 

Le petit a grandi. Il est à présent tout emplumé et il commence même à faire des exercices pour former ses muscles.

Le petit a grandi. Il est à présent tout emplumé et il commence même à faire des exercices pour former ses muscles. – (c) Robert Balestra

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A présent le jeune commence à devenir de plus en plus sombre. Maintenant il reconnaît parfaitement les silhouettes et m’avertit lorsque les adultes arrivent par ses petits cris.

Fin juin le jeune circaète a une taille conséquente et il ne craint plus guère la prédation, la femelle participe au nourrissage et le mâle peut à présent apporter lui même les proies à l’aire. Les « rotations » se font en moyenne toutes les une ou deux heures avec un creux en milieu de journée qui correspond au repos des adultes mais surtout ce sont les moments les plus chauds où les serpents s’abritent. Lorsque la fraîcheur du soir revient les serpents recherchent les pierres chaudes et la chasse peut reprendre. Mais on ne peut pas dire qu’il y a une règle bien établie. Parfois ils viennent plusieurs fois dans la même heure, parfois je ne les vois pas pendant de longs moments.

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La femelle recharge régulièrement l'aire avec des branchages.

La femelle recharge régulièrement l’aire avec des branchages. – (c) Robert Balestra

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Le femelle, quant à elle, recharge régulièrement l’aire avec divers petites branches et rameaux toujours de pin sylvestre ou de gui.

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Jeune circaète Jean-le-Blanc

Jeune circaète Jean-le-Blanc – (c) Robert Balestra

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L’été c’est aussi l’époque de la mue, Les oiseaux passent beaucoup de temps à préparer leur plumage en vue du long voyage qui les attend dès le mois de septembre.

Début août, je me doute bien que le jeune rapace ne va pas tarder à s’envoler. Il fait des exercices quotidiennement et la taille de l’oiseau est à présent identique à celle des adultes.

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Cela fait deux jours que je n’ai pas pu aller voir les oiseaux et ce que je craignais arrive. Un beau matin, je rentre dans l’affût et je constate que l’aire est vide. J’ai raté l’envol mais je me surprends à ne pas être déçu. Ces trois oiseaux m’ont comblé de bonheur depuis plus de cinq mois, je suis content pour ce couple qui a réussi ce pourquoi il a fait un si long voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Même si je sais que le jeune oiseau va fréquenter l’aire encore quelques jours, je décide d’arrêter là mes affûts. Je serai présent l’année prochaine pour revoir ce couple qui j’espère aura surmonté tous les nombreux périls qui l’attendent.

Circaète Jean-le-Blanc mâle

Circaète Jean-le-Blanc mâle – (c) Robert Balestra

Circaète Jean-le-Blanc femelle

Circaète Jean-le-Blanc femelle – (c) Robert Balestra

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Jeune Circaète Jean-le-Blanc

Jeune Circaète Jean-le-Blanc – (c) Robert Balestra

 

 Texte et photos : Robert Balestra

Bibliographie :

- Le circaète Jean le blanc de Bernard Joubert (2001). Eveil Nature, éditeur naturaliste.
– Les rapaces d’Europe de Paul Geroudet (2006). Delachaux et Niestlé.
– Guide des rapaces diurnes de Benny Gensbol (2005). Delachaux et Niestlé.
– La migration des oiseaux de Maxime Zucca. (2010). Éditions sud ouest.